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P. Sakellaropoulos-Dimitrios Kourettas-"le maître et le réformateur. Une expérience personnelle"

Dimitrios Kourettas, le maître et le réformateur. Une expérience personnelle

 P. Sakellaropoulos

 

Plus le temps passe, plus le maître acquiert de la valeur. Maître dans le domaine de la science mais aussi dans les choix de vie.

Je connaissais son existence depuis mon enfance. Mon père et lui avaient une origine commune: Tripoli. Plus tard, pendant mes études, puis ma spécialisation, je le voyais et lui demandait des conseils, aussi bien ici qu’en France.

Il était très rarement joyeux et satisfait comme sur cette photo, avec ce sourire propre à lui… Il était le plus souvent soucieux.

Il a vécu et a été formé à la Société psychiatrique française pendant la guerre.

C’est là, qu’il a acquis la pensée scientifique et une richesse de concepts psychiatriques où dominaient la philosophie, la psychologie avec l’étude de relations intrapersonnelles. Cette Ecole a offert au psychiatre la possibilité d’approfondir le monde psychique et la structure du patient. Elle a également encouragé la recherche de motifs profonds, de craintes, de désirs inédits et de processus nocifs. Les enseignants et les élèves de cette Ecole avaient une manière originale et persuasive de décrire la situation psychique des maladies, les symptômes, leurs affects, avec toutes les nuances et les changements qui ont lieu au fur et à mesure de l’avancement de la relation, c’est-à-dire le transfert et le contre-transfert entre le thérapeute et le patient. Mais, en dehors de la philosophie et de la psychopathologie, la littérature, l’art, la mythologie et les questions politiques et sociales de l’époque enrichissaient, pour leur part, les pensées et les expériences du psychiatre.

La psychanalyse n’était pas encore mise en jeu, mais elle comportait beaucoup d’éléments qui allaient caractériser plus tard l’élaboration clinique et les expressions des psychanalystes.

C’est cette relation avec le patient et avec la maladie mentale que nous a enseignée Dimitris Kourettas.

Une de ses qualités, était le confort avec lequel il pouvait associer les connaissances et l’exercice de la psychiatrie avec les données de la neurologie et de la psychanalyse. Dans les deux dernières, la théorie et la clinique dont disposait D. Kourettas étaient illimitées. Il savait donc bien harmoniser les trois disciplines dans la pratique. Dimitris Kourettas a suivi une formation psychanalytique, dans le cadre de l’équipe psychanalytique 1946-52.

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Je reviens un peu en arrière: lorsque j’ai choisi de poursuivre ma spécialisation en France, il m’a donné beaucoup d’orientations, d’encouragements et d’explications. Lorsque nous avons commencé à parler de ma formation psychanalytique éventuelle, alors il a pris une expression, comme s’il monologuait et a tenté de m’écarter de cette voie. En tant que psychanalyste en formation mais aussi plus tard, nous ne sommes jamais revenus sur cette opinion dissuasive qu’il avait exprimée. Au contraire, nous parlions de la psychanalyse, comme si elle était un domaine naturel de ma formation et de ma pratique clinique. Depuis, je me suis demandé plusieurs fois, pourquoi il n’avait pas voulu m’encourager vers la psychanalyse. Pourquoi cette expression bizarre quand il m’en avait parlé? La seule explication que j’ai trouvée résidait dans la douleur qu’il avait vécue, lui même et la première équipe psychanalytique, suite à l’exclusion par le lobby neuropsychiatrique, 10 ans auparavant.

Cette équipe était composée par Marie Bonaparte, G. Zavitsianos, A. Empirikos et lui. Il s’agissait d’une véritable persécution, des dérogations, un procès et de longs processus d’exclusion.

C’est peut-être pour cette raison qu’il n’a pas voulu se battre pour la psychanalyse, même s’il croyait profondément en celle-ci. Il ne supportait pas le conflit avec le pouvoir, ni avec les médecins bien assis et tout-puissants, ni avec les autorités ou les gouvernements. Il sentait qu’il ne pouvait pas les contredire.

Dans la première période de sa carrière, en 1927, il demande à la Fédération médicale de Salonique de réaliser un exposé sur la psychanalyse. Ils l’ont éliminé et finalement cet exposé a été réalisé à la Fédération de Loi à Salonique.

Dimitris Kourettas a accepté et encouragé touts les nouveaux efforts thérapeutiques, apparus depuis le début de sa carrière dans la Clinique Universitaire d’Aiginitio. Activités qui reliaient la psychiatrie sociale à la psychanalyse, surtout en ce qui concernait le traitement des psychoses:

-         travail avec l’équipe sociale

-         travail avec la famille, d’une pensée psychanalytique

-         Processus thérapeutiques qui commencent avec la phase de crise de la psychose et se basent sur la relation émotionnelle entre le thérapeute et le patient

-         Continuité à la cure (follow-up) qui prenait souvent le caractère d’une psychothérapie psychanalytique où le patient investit de manière massive et constante, tantôt libidinalement, tantôt agressivement, son thérapeute ou ses thérapeutes.

Dimitris Kourettas n’était pas conservateur, comme il avait été considéré par certains. Il acceptait les réformes mais il ne supportait pas le conflit, comme j’ai déjà dit.

Le rôle qu’il a joué dans la réforme psychiatrique à l’hôpital Aiginitio où j’ai pu vivre à côté de lui, a été important. Je parle de la période de 1963 jusqu’à l’installation de la dictature. Sans sa participation active, il est possible que nous n’ayons même pas tenté de commencer. Les changements importants ne peuvent pas avoir lieu si le professeur ne le veut pas, ni à cette époque, ni maintenant,.

Mail il était satisfait de notre travail avec les patients psychotiques. Il était content de l’installation progressive du psychodrame psychanalytique par une équipe complète, pendant les trois ans, mentionnés plus haut.

Ceux qui avaient une expérience plus grande ont organisé, parallèlement, des psychothérapies psychanalytiques à long terme et également des supervisions systématisées.

Nous travaillions, nous et lui, en se basant sur la même théorie mais avec une technique différente. Nous, nous travaillions surtout sur la phase prégénitale et préœdipienne et lui, sur la problématique oedipienne.

La psychiatrie sociale et la réalisation du travail clinique avec un point de vue psychanalytique, avaientt toujours une valeur à l’Aiginitio pour tous les employés. Le malade restait dans la communauté et non pas dans l’asile. C’était ainsi que les remaniements du personnel étaient influencés par l’aspect humaniste de la psychanalyse et par le respect de la douleur humaine, c’est-à-dire l’angoisse psychotique terrible.

La réforme psychanalytique s’est déroulée progressivement comme quelque chose d’attendu, de normal, avec l’entrée des techniques psychanalytiques par les nouveaux.

Il a accepté, je dirais avec soulagement, la suppression progressive de l’immobilisation et de l’existence des lieux d’isolation pour les malades en crise. Un jour, nous parlions et il m’a demandé comment peut-on tranquilliser ces patients? Ma réponse a été la suivante: " Un thérapeute (médecin, infirmier, bénévole) qui a un contact et un lien émotionnel avec le patient, il reste avec ce dernier dans une chambre calme, tranquille. Il discute avec le malade, il lui tient la main, lui donne peut-être quelques médicaments et ils se parlent des sujets divers. Le thérapeute évite les conseils et les interprétations. Simplement il se crée une atmosphère d’égalité et de protection. Ensuite, en général, le patient se calme et peut se coucher". Je me souviens encore de son sourire, plein de satisfaction, pendant qu’il m’écoutait.

Il s’est véritablement battu contre le Conseil administratif de l’hôpital jusqu’à ce qu’ils acceptent que la réalisation des électrochocs (qui étaient à l’époque l’activité thérapeutique la plus fréquente) ait lieu sous narcose dans le but que le patient ne sente pas l’émotion terrible, cause par l’électricité.

Dimitris Kourettas a vite accepté le trafic libre des malades psychotiques, même ceux qui étaient en pleine crise. Il a accepté la sortie en ville et les promenades au jardin national, accompagnée d’un ou deux étudiants en Médecine, en Psychologie ou de Travail Social. Cette action au sein de la Clinique Universitaire, action très courageuse pour cette époque, partait du constat que massivement ces patients faisaient un transfert sur leurs thérapeutes. Petit à petit, la suppression de l’accompagnement des psychotiques "dangereux", a été considérée comme quelque chose de normal pour eux-aussi. Il s’agissait d’actions et de notions inattendues, au moins pour la Grèce.

Il a accepté avec plaisir nos activités psychothérapeutiques, comme nous les nommions à l’époque: musique, danse, chansons, conversations, presque chaque après-midi et chaque soir dans l’Aiginitio. Tout cela avait lieu fréquemment avec la participation des proches et des amis des patients.

Lorsque certains lui avaient commenté et caractérisé de manière négative ces activités comme étant sans valeur pour les psychiatres, Dimitris Kourettas les a contredit avec colère.

Je n’ai jamais regretté ces 3-4 ans d’activité clinique commune. Je ne me suis jamais senti, un seul moment, découragé par lui dans le travail clinique.

Un souvenir encore: il était fier, comme je l’ai dit, de l’organisation et de la fonction du psychodrame psychanalytique dans l’hôpital. Je me souviens du tact avec lequel il nous avait demandé d’assister pour une fois à nos séances. Il était plein de respect à la vue des rapports émotionnels entre nous et nos patients.

Il a aussi joué un rôle aussi bien dans la formation du personnel et des étudiants, une formation qui avait un point de vue psychanalytique qu’aux conversations et aux débats avec le public.

Je voudrais dire maintenant deux mots pour ceux qui ont vécu son enseignement et ce climat avec ces activités multiples. Un lien profond existait entre nous et aussi entre nous et les malades.

N. Nikolaidis, présent ici, avec sa fameuse carrière psychanalytique, Ioannis Mpampatzanis, installé depuis la dictature au Canada, Lilian Svarna et surtout Themis Kali qui a disparu très tôt. Une jeune femme, dévouée et fidèle au patient psychotique. Elle était la personne la plus importante de notre équipe qui exerçait la thérapie d’environnement d’un point de vue psychanalytique. Je dirai qu’elle était née pour guérir les psychoses. Nous lui devons, tous, beaucoup. Un certain nombre de jeunes thérapeutes, venus de différentes Ecoles, participaient également: Eytyxia Kalliteraki, Dafni Philippou, Giorgos Papanikolaou, Lyssandros Gerardos et beaucoup d’autres.

Je finirai par une référence à l’œuvre psychanalytique d’auteur, une oeuvre riche, de D. Kourettas. Avant tout, il avait une remarquable capacité et une tendance à rechercher le sens caché dans la mythologie. Les intervenants précédents ont déjà parlé de certaines choses.

Je prends un de ses écrits, les plus importants: il s’agit de "la méthode thérapeutique cathartique de la non fécondation d’Iphicle par Melampoda".

Il avait une manière impressionnante de relier les sources anciennes de ce mythe (Homère, Hésiode, Ferekydis, Apollodore et d’autres) aux données psychanalytiques actuelles, aux connaissances de notre oeuvre clinique.

Voyons maintenant les éléments fondamentaux de la thérapie d’Iphicle:

a)      La recherche de l’étiologie sans poursuite à des causes métaphysiques.

b)      La recherche pour l’existence d’un trauma précoce ou d’un vécu traumatique. Enfin, la liaison du trauma (peur de castration) au symptôme présent (incapacité sexuelle).

c)      La remémoration et la perlaboration concernant le trauma.

d)      L’élaboration et le lien entre l’affect et le symptôme dans l’Asklipieio (lieu spécialisé pour l’exercice thérapeutique, équivalent au cadre psychothérapeutique d’aujourd’hui)

e)      L’imposition et la suggestion du thérapeute (en tant que surmoi mur)

Nous voyons par conséquent que ces facteurs sont toujours en fonction dans le processus thérapeutique actuel.

Je vais prier maintenant Monsieur Ilias Logothetis de nous lire avec son élégance ce petit texte de D. Kourettas.

 P.S.: Quand je lis ces notions fondamentales de la psychanalyse, je suis impressionné par le naturel, l’évident et la façon avec lesquelles elles avaient été mentionnées par Homère, Hésiode et surtout par nos tragédiens. Aujourd’hui, elles ne sont plus évidentes, elles sont remises en question et surprennent. Les anciens avaient peur beaucoup moins de l’inconscient que nous!

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