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Talat Parman-"Le besoin de mythe à l’adolescence Utilisation d’un mythe-phantasme comme un moyen thérapeutique"

Le besoin de mythe à l’adolescence

Utilisation d’un mythe-phantasme comme un moyen thérapeutique

 

Talat Parman    Istanbul-Turquie

 

 " Le mythe est une parole choisie par l’histoire;

Il ne saurait surgir de la nature des choses. "

Roland Barthes

 

Mythique

        

          Je commencerai avec l’adjectif du mot mythe, mythique L’adolescence est un temps mythique. Le temps des quatre cents coups, le temps de mourir jeune, le temps de toutes les possibilités.

          L’adolescence qui s’approche encourage le développement des mythes pour les pré-pubères qui rêvent d’accéder à cette période de la maturation et de devenir adulte pour avoir la reconnaissance comme sujet social à part entière.

          Et pour leurs ainés, déçus de leur vie d’adulte qui ne laisse plus de place aux mythes, idéalisent beaucoup l’adolescence en faisant eux aussi appel aux divers mythes. Puisque l’éternelle jeunesse est recherchée, les adultes veulent retourner à cet âge mythique.

          Les ados qui sont dans l’actuel de ce " temps de mythes " comment ils le vivent? Pour quoi ils ont besoin de mythe pour traverser ce moment difficile de la vie humaine? Quel rôle peut-il jouer le mythe dans le remaniement des investissements psychiques de cette période? Le besoin de mythe à l’adolescence devient une nécessité quand l’adolescent ne trouve pas des réponses à ses questions sur ses origines.

   Le besoin de mythe

    A la fin du XVII siècle Fontenelle dans son ouvrage " De l’origine des fables " (1684) explique la naissance des mythes et des légendes par quatre facteurs principaux : l’ignorance des peuples concernant les lois de la nature, la force de l’imagination qui exagère les choses, la transmission orale des récits qui aggrave la déformation de leur contenu et, enfin le rôle explicatif du mythe. Les cliniciens de l’adolescence souscriront volontiers à ces conclusions quand au besoin de mythe aux adolescents d’aujourd’hui. Tous les livres et films fantastiques qui mettent en scène les mythes d’antan, mais avec les couleurs d’aujourd’hui nous donnent des preuves assez solides.

          Les ados ignorent ou ils n’arrivent pas à comprendre les lois sociales. Quant à leur force d’imagination, elle est bien connue, donc ils exagèrent forcément les faits. La transmission orale des récits entre ados, de bouche à l’oreille, par le chat maintenant, aggravent la déformation et le rôle des mythes pour eux c’est bien pour trouver des réponses aux questions concernant les origines.

          Le mythe d’après le Robert est " le récit fabuleux, souvent d’origine populaire qui met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique des forces de la nature, des aspects de la condition humaine ". Ce qui est important c’est surtout les mythes essayent de trouver des réponses aux questions sur le début et la fin. La mythologie nous parle de la succession et du conflit des générations.  C’est la problématique de l’adolescence.

          Sigmund Freud s’intéresse à la mythologie surtout lors da son auto-analyse entre 1895-1899. La découverte du complexe d’Oedipus, qui est un mythe grec, constitue le point essentiel de la métapsychologie freudienne. Sigmund Freud se sert des mythes, pour confirmer la vérité de ses découvertes.

          Dans sa lettre datée du 12.XII.1897 il écrit à Fliess, " Imagines-tu ce que peuvent-être les mythes endo-psychiques ? Eh bien, ce sont les dernières productions de mon activité cérébrale. L’obscure perception interne par le sujet de son propre appareil psychique suscite des illusions qui, naturellement, se trouvent projetées au-dehors, et, de façon caractéristique, dans l’avenir, dans un au-delà. L’immortalité, la récompense, tout l’au-delà, telles sont les conceptions de notre psyché interne… C’est une psycho-mythologie. "

          Donc le mythe serait une psychologie projetée au dehors. Les représentations niées chez l’homme sont attribuées aux dieux. Les dieux grecs personnifient l’inconscient. Freud cherche le passé de l’individu en construisant un parallèle entre celui de l’humanité.

          Oedipus pose des questions sur ses origines, de même chaque enfant poserait les mêmes questions : " comment je suis né ?, qui sont mes parents ? ". Comme tout adolescent qui essaye de savoir d’où il vient.

        

Auto-historisation et besoin d’identification à l’adolescence

 

         Nous parlerons donc de l’histoire, mais de celle des individus, et surtout de celle des adolescents. Lors de l’adolescence il y a trois transformations : la première en ce qui concerne le désengagement des liens parentaux intériorisés au cours de l’enfance, puis celle de la pulsion sexuelle qui découvre l’amour objectal et dernièrement celle des identifications, source d’un remaniement topique et de l’affirmation de l’identité et de la subjectivation " 

          Les identifications de l’homme c’est son histoire. L’histoire de l’homme se comprend en référence à son passé, mais son passé s’éclaire à la lumière de l’actualité, et pour l’adolescence celle du présent traumatique.

          Mais ce n’est pas à l’adolescence que cette question est posée pour la première fois. Dans la période dite de latence tout enfant écrit un roman familial. Dans son article " roman familial des névrosés " Sigmund Freud définit le roman familial comme une fantaisie consciente, ultérieurement refoulée, dans laquelle l’enfant imagine qu’il est issu d’un autre lit, ou adopté. L’enfant avec cette construction essaye de trouver une réponse à la question de sa propre origine, et non pas sur l’origine de la vie en générale comme dans les théories sexuelles infantiles. Quant l’adolescence arrive, le roman est remplacé par les mythes. Les mythes modernes. 

          Il s’agit d’un travail pour se faire, se construire une histoire personnelle, pour pouvoir penser sur soi-même et avoir un sentiment de continuité temporelle et aussi pour donner à cette construction historique un pouvoir d’explication causale vis-à-vis d’un avenir.   

          Ce travail d’auto-historisation sera dans l’ordre du jour avec l’arrivée de l’adolescence. Auto-historisation est une notion développée par Piera Aulagnier. Sophie de Mijolla-Mellor en partant de la théorisation d’Aulagnier le définit ainsi : " Le Je constitué par le discours qu’il tient à son propos et il se donne pour tâche de transformer les éléments fragmentaires de son passé, qu’ils lui viennent de lui-même ou des autres, en une construction historique. " et elle rajoute : " Le processus identificatoire est la face cachée de ce travail d’historisation qui transforme l’insaisissable du temps psychique en un temps humain. " 

          L’adolescence est une période de vie où l’intérêt pour l’histoire s’accroit. Cela peut être l’histoire en général mais ce qui intéresse l’adolescent c’est surtout d’abord sa propre histoire, et puis l’histoire de sa famille et parfois même l’histoire de son groupe social.

          Mais quand la situation est un peu trop compliquée ?  Je vous parlerai le cas d’un adolescent adopté.        

 

L’adolescent adopté et le besoin de la création d’un mythe personnel

 

          L’adoption est une modalité qui permet d’assurer une filiation en dehors des liens établis par ceux de la procréation biologique. Sigmund Freud a pris comme modèle de la dynamique centrale du psychisme humain le complexe d’Œdipe qui est un enfant adopté. Oedipus découvrira que Polybe et Mérobe sont ses parents adoptifs.

          Le roman familial est le fantasme de tous les enfants à la période de latence. Mais la situation de l’adoption semble lui donner une réalité, mais les enfants adoptés élaborent leur roman familial parce qu’ils cherchent à résoudre leur conflit oedipien et non pas parce qu’ils sont adoptés. Il y a des points communs mais des convergences aussi.

          Je vous parlerai donc l’histoire d’un enfant adopté que je nomme Selim. Cet un adolescent de 15 ans, que je suis maintenant depuis deux ans en psychothérapie analytique de face à face, avec une fréquence d’une séance par semaine, plus une séance familiale mensuelle.

 

          L’histoire de Selim. Je l’ai vu pour la première fois il y a deux ans accompagné de ses parents et de sa sœur cadette. Il avait 13 ans et demi à l’époque. Les plaintes de ses parents et de ses enseignants étaient surtout les troubles de comportements aggravés depuis que Selim est entré en puberté. Quant à lui, il se plaignait des autres. Ces copains l’excluaient, donc tout commençait avec ça. Il manifesterait des passages à l’acte sur un mode auto mais surtout hétéro agressif.

          Lors des premiers entretiens il exprime clairement qu’il se sent tout le temps angoissé. Le moyen qu’il avait trouvé pour évacuer cette angoisse c’était de passer à l’acte. Et il n’arrivait pas à contrôler sa colère. Quand il se sentait exclu, rejeté, non désiré il cassait tout ce qui venait sous la main.

          Puis nous arrivons à parler de son histoire.

          Selim l’ainé d’une fratrie de deux enfants, sa situation familiale est un peu particulière.  Les enfants sont adoptés par une famille sans enfant il y a plus de dix ans.

          Voici la version officielle de leur histoire : Selim et sa sœur sont deux enfants abandonnés. Ils ont été trouvés dans la salle d’attente d’une gare routière, des couches avec. Le poste de la police de la gare était avertie, ils ont étés prise en charge par l’organisme turc de protection des orphelins " Darülaceze ". Ils n’avaient rien sur eux qui aurait aidé à les identifier. Le garçon avait probablement un an et demi, peut-être un peu plus, la fille n’avait que quelques mois. Ils se ressemblaient physiquement et leur façon de s’habiller aussi. Le personnel de Darülaceze avait conclu qu’ils étaient frère et sœur. Le garçon a été nommé " Kadir " et la fille " Zeynep ". Ils ont resté quelques mois dans la pouponnière de Darülaceze avant d’être adoptés par un couple sans enfant.

          Quant à l’histoire du couple adoptif. C’est le deuxième mariage du Mr S. qui est âgé de 65 ans, avait déjà un garçon, de son premier mariage. Mr S. dans son deuxième mariage se marie avec une femme dix ans plus jeune. Le fils de Mr S, jeune adulte, vivait seul et travaillait dans le tourisme. Mr et Mme S. n’ont pas eu d’enfant à cause de la stérilité de madame. Et ils prennent la décision de faire une demande d’adoption. Quels que mois après avoir fait les démarches et alors qu’ils attendaient une réponse, un drame arrive dans leur vie, le fils de Mr S. se tue dans un accident de voiture. J’apprendrai par la suite que ce n’était que la version officielle, en réalité le garçon s’est suicidé par arme devant la maison de sa petite amie qui venait de le quitter. Dans ce climat de deuil, ils reçoivent une réponse positive à leur dossier d’adoption. Et ils adoptent les deux enfants ensemble par crainte de les séparer, donc Kadir et Zeynep, que je venais de vous parler brièvement.

          Ils leur changent de prénom. Et ils leur changent de religion aussi. Ils appartiennent désormais à une communauté religieusement minoritaire en Turquie.

          Le garçon s’appellerait désormais Selim. Une petite remarque sur le choix de prénom: Kadir est un nom avec une référence religieuse musulmane, préférés par des familles d’origine anatolienne. Les enfants nés le jour de Kadir porte ce prénom : les garçons Kadir, les filles Kadriye.

          Alors que le nouveau prénom, Selim est plus moderne, choisi par des familles citadines et laïques. Mais il faut rappeler que Kadir n’était que le prénom donné par Darülaceze. Personne ne sait, même aujourd’hui, son vari prénom.

          Selim sait très peu de chose sur son passé avant l’adoption. Quand ils ont été trouvés il arrivait à prononcer quelques mots. Aux dires du  personnel de Darülaceze, les mots qu’il aurait prononcé sont : le " front " d’ailleurs lui et sa sœur ont des fronts assez larges, et le mot " bateau ", d’où l’idée qu’ils venaient d’une ville ou d’un quartier d’Istanbul proche à la mer.

          C’est donc leur histoire. L’histoire est un récit événementiel correspondant au principe de réalité mais Selim, il a besoin d’un mythe qui est une production fantasmatique du désir. Car, les éléments de réalité qu’il possède concernant son histoire sont très difficiles à accepter, (exemple le fait d’être abandonné) et surtout très incertains. L’histoire doit être une conjoncture ayant une continuité événementielle. Or pour le mythe c’est la continuité fantasmatique qui est primordiale. Freud exprime clairement la proximité entre mythes et fantasmes. " La théorie des pulsions est notre mythologie " disait-il.

          Il se pose beaucoup de questions sur ses origines, comme tous les adolescents. L’adolescence d’un enfant adopté représente souvent une période difficile où les conflits naturels à cet âge sont accrus par la situation d’adoption. Il y a une sorte d’amplification fantasmatique à cause de l’adoption.      

          Selim comme tout enfant adopté rencontre des difficultés d’identification, surtout parce qu’il y a une absence totale sur les identités de ses géniteurs. C’est une source d’anxiété pour lui. Il cherche surtout savoir les conditions de l’abandon.

          Pour l’enfant adopté, savoir qu’il a été un enfant non aimé, rejeté constitue une évidente atteinte à son narcissisme de base et à son identité fondamentale. Les enfants adoptés préférèrent croire qu’ils ont été désirés par leurs parents géniteurs, et qu’ils n’ont pas été rejetés sans amour. C’est pour des raisons matérielles qu’ils ont été abandonnés. Selim s’inventera une autre histoire plus mythique. Il arrive à imaginer que ses parents géniteurs étaient supérieurs à ses parents adoptifs, sorte d’images parentales mythiques et idéales servant d’étayage à son narcissisme.

          En revanche, lorsque prédomine le sentiment du rejet par les parents géniteurs, le sentiment d’être un mauvais bébé un produit non aimable, l’adolescent adopté peut alors développer une identité négative s’identifiant à cette mauvaise partie supposée de lui-même. Des conduites chaotiques, parfois ouvertement provocatrices, des conduites délinquantes ont pour objet de se faire désigner comme mauvais reproduisant en quelque sorte l’abandon initial cherchant à tester le lien avec les adoptants.

          Il est difficile pour l’adolescent adopté de se connaître à travers la généalogie familiale et les mythes familiaux qui l’organisent. On peut parler d’une incertitude généalogique. Le fait d’être " élu " par les parents adoptants peut compenser en partie la blessure narcissique crée par le sentiment d’avoir été rejeté par les parents géniteurs.

          Ce qui était le cas pour Selim. Mais il se trouve partagé entre d’un côté des parents géniteurs mauvais, rejetants, et de l’autre des parents adoptants bons, accueillants.

          Selon le concept de roman familial, l’enfant modifie de manière fantasmatique les liens à ses parents pour pouvoir supporter ses déceptions et ses insatisfactions. Il fantasme que ses parents réels sont des parents adoptifs ou des voleurs d’enfants et se crée des parents imaginaires idéalisés. C’est une manœuvre qui est assez astucieux pour confronter la difficulté dû de la déception de la réalité et surtout des exigences de l’interdit de l’inceste. 

          Mais quand il s’agit d’un enfant adopté la situation est assez complexe. Les parents biologiques peuvent figurer les parents idéalisés d’un passé paradisiaque perdu et les parents adoptifs les mauvais parents revendicateurs et frustrants. A l’inverse, les bons parents sécurisants seront représentés par les parents sociaux alors que les parents biologiques seront les parents maléfiques et rejetans sur lesquels sera défléchie l’agressivité.

          Selim oscillait entre les deux positions. Un tableau clinique très riche entre une symptomatologie dépressive avec inhibition intellectuelle et des moments avec des passages à l’acte agressif, des fuites en avant etc.

          Tout adolescent met à l’épreuve la parentalité : avec conduites d’opposition, rejets, disqualifications mais l’adolescent adopté, du fait de son abandon initial a besoin plus que les autres adolescents de vérifier la nature de ses liens avec ses parents adoptifs, pour les tester, pour savoir s’il est toujours " abandonnable ".

 

Mythe comme moyen thérapeutique

 

          Selim se trouve donc devant un double questionnement, car il a une inscription dans une double généalogie. D’abord comme tous les ados ils se posent des questions sur ses origines, la place qu’il occupe dans sa famille adoptive et au sein de la communauté sociale, mais il pose aussi des questions qui seront probablement pour toujours sans réponse, sur sa famille biologique.

          Lors d’une séance il me dit :

          " Si je trouve mes parents, ma famille ils me reconnaitront pas. Je suis tellement changé. De nom, de religion…. Est-ce que je pourrai les reconnaître de mon côté ? Il faut que j’aille quelque part à leur recherche. "

          Et puis la séance d’après, j’ai été surpris de le voir devant ma porte avec une grosse maquette à la main. Il a fait une maquette de scène de guerre sur une grosse planche de contreplaque avec du plâtre, il a fait des collines une vallée, il les a colorés,  et il a placé dessus des figurines de petits soldats. Il l’a mis sur mon divan, une maquette de guerre sur un divan de psychanalyste ! Les ados sont parfois très forts.

          On pouvait distinguer deux scènes, une première avec deux soldats bleus entourés de soldats gris, et un peu plus loin une autre scène cette fois-ci c’est l’inverse, deux soldats gris encerclés par les soldats bleus. Il faut savoir qu’il a un certain talent artistique il m’avait emmené déjà plusieurs destins, peintures et aussi des essais de poèmes.

          Il me l’avait apporté cette fois-ci  pour pouvoir discuter, car il pensait que c’était important de discuter sur des choses visibles, concrètes.   Je lui pose une question : " Qui sont les soldats bleus? Et les soldats gris ? " 

          - Moi et ma sœur. Les autres, les soldats autour sont mes parents adoptifs qui nous ont emprisonnés. Ce sont les membres de ma famille adoptive ces soldats gris.  Il me parle donc de la première scène.

          Je lui demande alors ce qui se passe dans l’autre partie de la maquette, dans la deuxième scène ?

          - " Ce sont mes parents, cette-fois ci c’est nous qui les prenons en otage, contre les deux autres soldats captivés. Ceux qui encerclent les autres sont cette fois ci Moi, ma sœur et ma famille d’origine. "

          Je lui dis : " C’est bien possible. Mais peut-être ces deux soldats gris, ils sont encore toi et ta sœur. Ils ont tellement changé que leurs siens ne les reconnaissent pas. "

          Lors des séances suivantes nous avons beaucoup parlé de ses problèmes d’identification. Ses parents géniteurs ? Etaient-ils des gens pauvres ou riches ? Puis qu‘ils ont abandonné leurs enfants, ils n’avaient pas d’argent ou ils avaient un autre problème. Vandetta ? Peut-être ?  Leurs origines ? D’où ils venaient ? Probablement des immigrés d’Anatolie ? Leur religion ? Musulmane ? Plusieurs questions pour les questions il lui était impossible de trouver une réponse.    

          Après toutes ces discussions lors d’une séance il me parle d’une histoire comme un fait réel. Une déclaration très surprenante.                 

          Voici ce qu’il m’a raconté. Il commence la séance en me disant :

          Où j’étais en 1993 ? Qui suis-je ? Mon nom, mon prénom. Je ne sais pas d’où je viens. Je voulais savoir tout ça. Et, je suis allé à la gare routière où la police nous a trouvés. J’ai rencontré le commissaire et avec lui je suis allé trouver la maison où j’habitais. J’ai trouvé un voisin qui m’a reconnu. Mais il ne savait pas mon nom, il m’a dit que mes parents ont été assassinés. Un groupe d’hommes armés étaient arrivé et les ont tués. "

          J’ai été surpris dans un premier temps, mais j’ai compris par la suite qu’il s’agissait d’un fantasme diurne. Ce récit ne représentait pas la réalité, mais plutôt son désir. Une histoire très inspirée d’une série télévisée " La vallée des loups " qui parle des guerres entre les bandes mafieuses, qui faisait la une en Turquie à l’époque.

          Ce récit qui représenter son désir, lui donne enfin la possibilité de se créer une histoire même si la part d’événementiel est moins que celle de fantasmatique.

          Je lui propose alors d’écrire une histoire en partant de ses fantasmes. C’était le début d’une sorte de psychothérapie que je préfère appeler " mythe-thérapie ". 

          " D’accord, je vais écrire un scénario. Mon scénario, mon film. Mon histoire. Une histoire comme celle d’Hélène et Paris. Une histoire d’amour. Et une histoire de guerre. Je vous préviens il n’y aura que de gens blessés. "

          Puis il continue.

          " Ma mère était d’originaire d’une ville du nord, Of, de la mer noire. (Une ville connue par ces milieux mafieux.) Les membres de la famille de ma mère faisaient partie d’une bande de trafiquant d’arme. Mon père d’originaire de l’est, un brave monsieur anatolien. Fort et courageux. Il est allé à la ville de ma mère pour régler une affaire d’argent mais là il a rencontré ma mère et il est tombé amoureux. Elle aussi était amoureuse de lui. La famille de ma mère était contre ce mariage. Il y a eu un refus catégorique. Mais l’amour était plus fort que toute interdiction. Mon père a enlevé ma mère, ils sont partis ensemble à Istanbul. (Hélène et Paris) Ils pensaient pouvoir se cacher dans cette grande ville. Ils ont trouvé une maison à Uskudar. (La gare routière est à Uskudar) Un quartier modeste. Ils étaient heureux, je suis né, puis ma sœur. Ils espéraient qu’ils pouvaient vivre en paix, mais la famille de ma mère a trouvé leurs traces. Ils ont un groupe d’hommes armés à Istanbul pour les assassiner. Un après-midi ils font un assaut : ils sont entrés dans la maison, ma mère les voit venir, se met devant eux pour nous protéger. Elle reçoit deux balles dans le ventre. Elle est morte sur le coup. Mon père était au travail mais il avait eu un sentiment étrange il se précipite vers la maison, il entend les bruits. Il entre dans la maison par la fenêtre du deuxième étage, il était très fort. Il cherche ses armes et il entre en combat avec ces quatre hommes et il les a tués tous un par un. Mais il était sûr qu’il y aura d’autres qui vont venir. Il décide de partir loin. Il nous prend et nous amène à la gare routière pour partir dans une ville en Anatolie. Il avait prévu des couches pour nous, mais il avait oublié du lait. Dans la salle d’attente il nous a confiés au responsable de la salle, et est sorti pour aller chercher du lait mais il ne savait pas qu’il était suivi. Une fusillade a éclaté. D’une voiture qui venait de toute allure, des hommes ont tiré sur lui, il est mort. La personne à qui nous étions confiés, quand il voit que personne ne viens nous chercher, a averti la police. Le commissaire était un brave monsieur. La police nous a placés dans la pouponnière de Darülaceze. "                                

          C’était le début de ce travail. Depuis, à chaque séance il rajoute des détails à ce récit mythique. Sa mère et son père sont des personnages héroïques pou lui. Ils ont défendu leur amour, leurs enfants. Ils sont morts maintenant mais leurs enfants ont survécus.

          Ce n’est pas une histoire vraie, tout est fantasmé par lui. Mais en même temps, l’enfant de son âge, il est très influencé par les " mythes modernes ".

          Il a repris ces études, les passages à l’acte ou des moments d’angoisse insupportable sont font très rare maintenant. Il souhaite faire un scénario de film pour la télé, en partant de ce mythe personnel, il a composé déjà une musique, un remixe de la musique du film " Stars Wars ".  Il rajoute que tout le monde portera son vrai prénom dans le scénario.  Le vrai prénom de Selim ?   

          Freud exprime clairement la proximité entre mythes et fantasmes. Les fantasmes de Selim lui ont donné la possibilité de créer ce mythe avec lequel il a essayé de trouver une réponse aux questions de l’origine. Cela l’a aidé pour trouver une certaine paix intérieure pour pouvoir suivre son chemin vers la vie adulte.

          Je ne sais rien sur la part de la réalité de ce récit, personne de sait d’ailleurs. Mais peu importe. Valéry disait.

          " Mythe est le nom de tout ce qui n’existe et ne subsiste qu’ayant la parole pour cause "

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