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JACQUES HOCHMANN-"L’AUTISME INFANTILE ENTRE NEUROSCIENCES ET PSYCHANALYSE ILLUSTRATION D’UN POSSIBLE DIALOGUE ."

L’AUTISME INFANTILE ENTRE NEUROSCIENCES ET PSYCHANALYSE

ILLUSTRATION D’UN POSSIBLE DIALOGUE .

 

JACQUES HOCHMANN

 

I) GÉNÉRALITÉS

La psychanalyse : une science ?

Neurologue de formation, élaborant son expérience clinique au moment de la découverte du neurone, esprit profondèment positiviste,  Freud ambitionnait, on le sait, de construire une psychologie scientifique. Cette  ambition de " naturaliser " l’esprit, qui est aujourd’hui celle des modernes neurosciences cognitives, ne pouvait alors être atteinte, faute d’instruments d’exploration permettant d’enregistrer les modifications cérébrales contemporaines des états mentaux étudiés. Pour rendre compte  des observations tirées de la méthode thérapeutique qu’il avait inventée, la psychanalyse des névroses, Freud devait donc se contenter d’un ensemble d’hypothèses, où, entre autres, il préfigurait la découverte de la barrière synaptique et de la variation des seuils d’excitation et des temps de réaction  de différents réseaux  neuronaux. Bien que rapidement contraint d’en rabattre sur ses ambitions premières et de se satisfaire d’un langage purement psychologique,  il ne devait jamais renoncer à classer sa " jeune science " au nombre des sciences de la nature. Cette position première est à l’origine d’un certain nombre de malentendus, qui se sont accumulés, au fur et à mesure des progrès des neurosciences.

 Si, aujourd’hui, on devrait s’accorder à reconnaître à la psychologie fondée sur la psychanalyse, le statut d’une science naturelle d’observation, analogue, par exemple, à la zoologie ou la botanique pré-darwiniennes,  on ne peut plus, à notre avis, considérer la métapsycholologie comme une science explicative, au même titre que la biologie moderne. La sexualité infantile et ses traces chez l’invidu adulte, l’existence de mécanismes de défense contre l’angoisse et le conflit intrapsychique, les phénomènes de transfert, sont des faits cliniques d’observation, des données empiriques, accessibles seulement, comme toute donnée empirique, à ceux qui sont  en position de pouvoir les observer et  disposent des instruments nécessaires — la situation analytique, telle qu’elle a été inventée par Freud, représentant le meilleur instrument de mise en évidence de ces phénomènes largement inconscients et inabordables, de ce fait, par la seule introspection. Mais dès qu’elle prétend apporter des liens de cause à effet, et, a fortiori, si, au nom du déterminisme, elle affirme pouvoir faire des prédictions, la métapsychologie outrepasse ses possibilités. Elle s’inscrit alors au nombre des déviations historicistes, justement condamnées par Karl Popper. Comme l’historien, le psychanalyste ne peut faire que des reconstructions " après coup ". Il doit se contenter de relier  entre eux des événements qui n’ont pas de lien causal, au sens de la causalité physique – caractérisée par un transfert d’ énergie ou de matière d’un élément-cause à un élément-effet – mais qui dérivent les uns des autres sur un mode narratif, dans la cohérence d’une histoire reconstituée pour pouvoir être racontée.  Il n'est  pas inutile à ce propos de relire ce qu’écrivait en 1927, dans sa Critique des fondements de la psychologie, le philosophe  marxiste Georges Politzer, aujourd’hui trop oublié. Politzer était très admiratif de la méthode freudienne, en laquelle il saluait la première et géniale tentative d’une psychologie concrète, également à distance d’une philosophie générale de la conscience fondée sur les leurres de l’introspection et d’une psychologie expérimentale qui élimine la spécificité du fait psychique. Il reconnaissait l’importance de la découverte de processus comme l’identification ou la dynamique oedipienne. Il reprochait toutefois à Freud d’être resté, au niveau théorique, prisonnier de schémas " abstraits ", au sens d’un réalisme psychologique dont il critiquait la validité. Ainsi, disait-il  en substance, Freud lorsqu’il analyse un rêve postule un contenu latent déjà là,  comme une chose à l’intérieur d’une enveloppe, qui sera  déformée mécaniquement pour passer le crible de la censure et produire le contenu manifeste. Antécédents du contenu manifeste, le contenu latent et la censure sont, pour Freud, dans leur interaction conflictuelle, la cause du manifeste. Or, argumentait Politzer, du point de vue de la psychologie concrète d’un individu, ce qui est donné dans un premier temps c’est le contenu manifeste : le récit du rêve. Le contenu latent et la censure qui l’a obligé à se déformer, comme le travail d’élaboration secondaire  ne sont  que des constructions postérieures (ce que Freud, à la fin de sa vie, devait finir par admette) un deuxième récit qui donne davantage de sens au premier. De même, l’inconscient refoulé ne préexiste pas en soi à la cure, c’est une création de récits hypothétiques, par lesquels les fantasmes, les actes manqués ou les symptômes prennent sens et peuvent prendre place dans la cohérence d’un sujet concret en train de se faire. Ce qui met l’analyse au service du processus de subjectivation.  À une causalité de type physique ou abstrait, Politzer substituait donc ce que je propose d’appeler, après Paul Ricœur, une causalité narrative.  Contrairement aux espérances initiales de Freud, la psychanalyse apparaît de plus en plus aujourd’hui, au moins à certains dont je suis, comme  un système de mythes organisés entre eux pouvant servir de matrices à la constitution d’histoires individuelles. Elle joue alors un rôle irremplaçable comme inspiratrice de procédures thérapeutiques. Freud a découvert, dans sa pratique clinique, la permanence d’un certain nombre de ces mythes qu’il a qualifiés de " fantasmes originaires ", et qui correspondent peut-être à des structures fondamentales de l’esprit humain : le fantasme de scène primitive, le fantasme de séduction, le fantasme de castration. Il a tenté de mettre en relation l’universel sentiment de culpabilité, inhérent à l’être humain, avec le mythe de la mise à mort du père primitif  (dont le péché originel judéochrétien n’est qu’un des aspects). Qualifié de just a story, par un anthropologue américain, ce mythe, s’il est pris comme une histoire réellement advenue, risque effectivement de susciter, dans les milieux scientifiques, un doute légitime. Si on lui garde son statut de mythe, il devient un moule qui peut doner forme à des événements psychiques particuliers — une émotion, un fantasme, un rêve —permettre d’élaborer un certain nombre de comportements répétitifs ou d’organiser en un ensemble signifiant les ébauches de récits recueillis dans une cure. Il peut se révéler utile pour produire des narrations, grâce auxquelles un individu donné peut trouver du sens à son existence et se débarasser d’un parasitage par  des angoisses incompréhensibles.

 

La psychopathologie dynamique et la révolution psychiatrique.

 Cette conception " narratologique "  s’est précisée, dans les trois décennies suivant  la Deuxième Guerre Mondiale, lorsque l’ensemble des méthodes et des théories spécifiques qui définissent la psychanalyse s’est généralisé dans une large part de la psychiatrie, pour donner naissance à une psychopathologie dynamique. Le soin des maladies mentales en a été renouvelés. Il faut se  rappeler quel était le sort des malades mentaux à l’époque où des mythes ravageurs comme celui de la dégénérescence (contre lequel Freud s’était précocement élevé dans un travail publié en français et adressé à ses collègues, les élèves de Charcot)  les condamnait, dans une perspective eugéniste, à la ségrégation,  à la stérilisation et, au maximum, à l’élimination. À cette époque, les explications uniquement organicistes, qui avaient pour objet essentiel de préserver le statut professionnel des psychiatres, en les ancrant plus solidement dans la médecine dite sérieuse, n’avaient guère de validité scientifique. Faire œuvre de science, c’était reconnaître en elles un tissu d’affirmations idéologiques, que, dès les premières années du XXème siècle, Adolf Meyer, le fondateur de la psychiatrie dynamique américaine, qualifiait de " tautologies neurologisantes ". Aulieu de se cantonner dans la passation de questionnaires — ce qu’il appelait une quiz medicine — afin d’arriver à des diagnostics fondés rapidement sur quelques critères, analogues à ceux qu’aligne  de nos jours le DSM  IV,  il conseillait à ses élèves de recueillir soigneusement les histoires de vie de leurs patients pour y retrouver non les éléments d’une classification nosologique sans intérêt, mais plutôt des réactions compréhensibles à leurs conditions particulières d’existence. Contre un héréditarisme alors dominant, il réhabilitait le rôle des facteurs d’environnement.  Un peu plus tard, Harry Stack Sullivan, qui, à la différence de Meyer, avait eu une formation psychanalytique, mais s’inspirait aussi du fondateur de la psychologie sociale, George Herbert Mead,  insistait sur le caractère " interpersonnel " de toute souffrance psychique et définissait la psychopathologie comme une " science de la conversation ". Faisant de l’entretien l’élément fondamental du soin psychique, il devait, à son tour, inspirer tout ce qui s’est ensuite développé sous les noms de psychothérapie groupale, familiale ou institutionnelle. L’étude éthologique des interactions mère-bébé, la sociologie symbolique interactionniste, illustrée par des auteurs tels que Goffman ou Parsons,   comme le courant interactionniste de la psychanalyse américaine,  qui privilégie l’analyse de ce qui se passe ici et maintenant dans la  relation analyste-analysant, ont prolongé cette voie de recherche.  La référence psychanalytique a alors  été utilisée par des soignants — qui n’étaient pas tous des psychanalystes patentés mais qui travaillaient dans une atmosphère psychanalytique — comme un des éléments essentiels d’une lutte pour défendre la place de ce que Freud avait défini comme réalité psychique. Cette réalité autonome est, probablement propre à l’être humain. Elle est marquée par la symbolisation d’une expérience qui, si elle est déterminée par des processus biologiques, liés aussi bien à la constitution de l’organisme qu’à ceux  déclenché par la rencontre de cet organisme avec son environnement physique et social, prend un sens pour un sujet en relation avec un autre sujet. L’être humain est ainsi fait qu’il est contraint de donner du sens à tous ses comportements ainsi qu’à ceux des autres êtres humains. Chaque comportement observé renvoie nécessairement à quelque chose d’autre que lui, quelque chose qu’il évoque, un contexte d’absence dans lequel il s’inscrit, comme une forme sur un fond. Grâce à l’attention apportée à cette réalité psychique, que la psychanalyse nous avait donné les moyens d’explorer dans ses dimensions inconscientes, ces équipes soignantes, dans tout le monde occidental, ont pu changer la condition des malades mentaux. Ce qui s’est passé ici en Grèce, en particulier sous l’impulsion du Professeur Sakelaropoulos et de ses élèves, est suffisamment connu et admiré pour m’éviter de plus longs commentaires.

 

Les progrès des neurosciences et leur intérêt pour l’esprit (mind).

Cependant, les neurosciences, suivaient leur progression. Après avoir révolutionné l’approche du fonctionnement cérébral supérieur, elle  ont commencé à s’intéresser à l’esprit (mind), jusque là considéré, dans le modèle behavioriste, comme une boîte noire inaccessible à une étude expérimentale. Elles ont accumulé les expériences et les connaissances sur les mécanismes de base des activités cognitives aussi bien que sur les émotions,  à l’origine de ce que Marc Jeannerod a appelé une " physiologie mentale ". Les neuroscientifiques se sont alors naturellement tournés vers les maladies mentales dont, depuis un demi- siècle, ils avaient, à quelques exceptions près, abandonné l’étude et la prise en charge aux psychiatres devenus très majoritairement psychodynamistes sinon psychanalystes. Comme avant eux les psychologues du XIXème siècle, Taine ou Ribot, en France, Bain, en Grande Bretagne, comme Freud lui-même,, ils espéraient trouver dans  les maladies mentales, selon une méthode datant de Claude Bernard, une expérimentation naturelle par défaut, qui leur permettrait de mieux comprendre les mécanismes du fonctionnement mental.  Certains d’entre eux, hérauts triomphalistes de leurs avancées, ont alors voulu propager encore un mythe, celui d’une assimilation totale du fonctionnement psychique au fonctionnement physique, éliminant toute spécificité des états de conscience. Sans justifications scientifiques solides, ils  ont alors proclamé que les neurosciences, à un horizon proche, devaient définitivement remplacer des approches psychanalytiques ou même simplement psychologiques, tenues par eux pour un langage dépassé voire pour un résidu d’obscurantisme religieux. (Je pense ici, entre autres aux travaux des Churchman ainsi qu’ aux propos maintes fois réitérés de Jean-Pierre Changeux, qui, encore récemment, tirant parti des  analogies assez superficielles entre les symptômes des cérébrolésés et certains troubles mentaux, se croyait autorisé à gommer les différences, en particulier les éléments " interpersonnels ", en lien avec l’ histoire individuelle, et définissait l’autisme et la schizophrénie comme des maladies  neurologiques). Un nouveau partenaire était apparu : les usagers, principalement les parents, organisés en lobbies puissants. Sensibles au prestige des scientifiques, se sentant injustement culpabisés par les excès des théories psychogénétiques, ils ont apporté aux neurosciences un appui inconditionnel et ont contribué fortement à la dénonciation du caractère obsolète de la psychanalyse.

 

La réaction défensive ultra-psychogénétiste.

Engagés dans leur combat de libération des malades mentaux, les psychiatres et les psychanalystes ont alors vécu les progrès des neurosciences comme le déclenchement d’ une offensive, menaçant leur identité professionnelle et leurs réalisations, et faisant craindre un retour à l’organicisme répressif d’antan. Au même moment, les autorités  publiques et les compagnies privées d’assurances, soucieuses de contrôler les dépenses de santé et alliées objectivement à l’offensive des firmes pharmaceutiques pour développer la prescription de médications psychotropes sur des arguments capables de résister aux critiques administratives et scientifiques, remettaient en cause  les acquis de trente années d’une véritable révolution psychiatrique. Dans le cadre de l’evidence medicine et des protocoles pour groupes homogènes de malades, les pratiques d’individualisation du soin risquaient de n’avoir plus leur place.  De nombreux psychopathologues, qui jusque là privilégiaient, par pragmatisme, les facteurs d’environnement parce qu’ils étaient seuls susceptibles d’être modifiés, ont alors outré de manière unilatérale leurs positions environementalistes et, contrairement à Freud ou à Meyer, se sont mis à nier, idéologiquement, l’implication des facteurs constitutionnels génétiques inaccessibles au traitement et susceptibles, selon eux, d’engendrer seulement une nouvelle ségrégation et un nouvel eugénisme. " Organique " est devenu synonyme d’incurable et de répressif, " psychologique " synonyme de curable et de libérateur. Le malade est apparu comme l’équivalent d’un colonisé qu’il fallait défendre contre une oppression familiale et sociale qui utilisait, elle aussi idéologiquement, la biologie pour se justifier.  Des concepts détestables comme celui de parents " schizophrénogènes ", que l’on doit à Theodor Lidz et à  Frieda Fromm Reichmann, sont des exemples connus de  ces dérives. La recherche  de traumatismes précoces, hypothèse que Freud pourtant avait rapidement dépassée, mais qui avait, avec Ferenczi, connu un regain d’actualité, a focalisé l’attention des psychopathologues. La séduction sexuelle s’est alors compliquée  d’une séduction dite " narcissique " et une nouvelle mythologie est apparue : celle du transgénérationnel et de l’effet pathogène des secrets de famille encryptés dans l’inconscient des parents. Cette résurgence moderne du mythe de la dégénérescence et de la transmission du mal psychique a favorisé une  confusion dans l’esprit du public, entre les approches psychanalytiques authentiques, fondées sur l’élaboration rationnelle des observations cliniques, et un vague spiritualisme  mêlé à une identification contre-transférentielle mal contrôlée aux victimes des " méchants parents " et de leur lignée.

 

 Difficultés du dialogue neurosciences-psychanalyse.

Dans ce contexte  de confrontations, surchargées d’affects, entre une idéologie organiciste et une idéologie psychogénétiste, qui, toutes deux, sur un marché de plus en plus tendu, visaient plus à défendre ou à étendre des territoires professionnels et à capter des crédits  qu’à faire progresser la connaissance et les techniques de prise en charge, le dialogue entre psychanalyse et neurosciences devenaient difficile. Malgré quelques tentatives honnêtes et mutuellement respectueuses (dont celle que nous avons poursuivie avec le Professeur Marc Jeannerod), les débats s’enlisaient rapidement. Peut-être  au départ, leurs ambitions étaient-elles trop grandes. Je me demande aujourd’hui, rétrospectivement, s’il est productif de vouloir résoudre d’une manière générale la question   de savoir quel lien on peut établir entre, d’une part, ce qui se passe dans l’esprit, tel que l’individu l’éprouve à travers ce que Politzer appelait son " drame concret ",  et, d’autre part, ce qui se passe dans le cerveau tel que les moyens modernes d’imagerie fonctionnelle nous le donne à voir en train de fonctionner. La discussion risque vite de se résumer à un échange de banalités, d’autant qu’elle porte souvent sur des questions dépassées. L’opposition  entre psychogenèse et organogenèse n’a plus beaucoup de partenaires. En dehors de quelques poches fondamentalistes résiduelles où on continue à croire en l’action d’un principe immatériel créé par Dieu, tout le monde, en Occident au moins, s’accorde aujourd’hui, consciemment, à admettre que l’homme, à l’instar de l’animal, perçoit, agit, conçoit, en utilisant son cerveau, un organe produit par l’évolution des espèces. Tout le monde s’accorde   pour considérer que l’organisme vivant forme un tout avec l’environnement dans lequel il se développe, auquel il s’adapte et qu’il tente d’adapter à ses besoins. Il ne devrait donc plus être possible de dresser les unes contre les autres, pour rendre compte d’un trouble quelconque du fonctionnement mental, des étiologies psychologiques, sociales ou biologiques et, encore moins, de faire dériver un trouble, de manière linéaire, d’une atteinte organique, d’une faille inconsciente chez les parents, ou d’un désordre des interactions subjectives. Le corps, son inscription dans ce qu’il est convenu d’appeler l’appareil psychique, et le tissu interactif qui relient entre elles plusieurs psychés, construisent, une unité qu’on ne peut que de manière temporaire décomposer en ses éléments constitutifs, dans une visée de recherche,  mais sans oublier le caractère artificiel de cette décomposition. Si l’on veut aller plus loin,  ne serait-il pas préférable de  commencer par des recherches plus régionales ?

 

II) UN EXEMPLE : L’AUTISME INFANTILE.

Le problème de l’autisme infantile pourrait être alors une de ces régions où le psychiatre psychanalyste aurait la possibilité, à partir de sa clinique, de poser des questions au neuroscientifique et où le neuroscientifique pourrait, à son tour, interroger le clinicien sur sa pratique, en lui apportant peut-être des éléments de connaissance susceptibles d’enrichir ou de réorienter  cette pratique.

À condition de ne pas tenir pour résolus, au départ, un certain nombre de préalables méthodologiques et épistémologiques, et à condition de ne pas céder, comme c’est souvent le cas, sous l’influence de l’avidité médiatique, à des effets d’annonce et à une transposition sans nuances à la clinique de données expérimentales limitées, recueillies parfois dans un contexte aussi artificiel que celui d’un tunnel d’imagerie par résonance magnétique, cette collaboration pourrait déboucher sur la mise au point de méthodes d’investigation et sur des réflexions théoriques plus larges. L’autisme, comme l’hystérie l’était aux temps de Freud, pourrait ainsi servir de paradigme. De manière encore très embryonnaire, je voudrais illustrer un commencement de dialogue possible en imaginant les premières lignes d’un éventuel programme de recherches, dont les hypoythèses de travail sont  en attente de formalisation.

 

Une levée d’équivoques.

Pour inaugurer ce dialogue, il faudra commencer par lever certaines équivoques et préciser l’objet d’études. Malgré leurs efforts pour comprendre la signification des symptômes autistiques, malgré leur importante participation à la modernisation des institutions hospitalières ou médico-sociales accueillant les personnes autistes, les psychanalystes, dans les débats sur l’autisme infantile, n’ont pas aujourd’hui bonne presse La réputation qu’on leur a faite d’imposer systématiquement une séparation de l’enfant d’avec son milieu familial et de culpabiliser les parents, en les tenant pour responsables des troubles de leur progéniture, a été entretenue par les publications aussi tapageuses que discutables d’auteurs  bien implantés dans les médias, mais dont l’opinion ne représente pas le point de vue de la majorité. Contrairement à ces certitudes dogmatiques, la plupart des praticiens qui s’inspirent de la pensée de Freud et de ses successeurs ont poursuivi et poursuivent encore, depuis plus d’un demi-siècle, loin des feux de l’actualité,   un travail discret mais efficace  de soins et d’éducation, au plus près des besoins des enfants, en collaboration  avec les familles, sans pour autant prétendre avoir résolu la question de l’origine. Il faut le proclamer clairement : la psychanalyse n’a aucune légitimité pour déterminer les facteurs, vraisemblablement multiples et intriqués, d’une pathologie qui représente, probablement, une voie finale commune, un mode de réaction global de l’enfant à des perturbations diverses, en grande partie organiques voire génétiques. Ce qu’on a appelé abusivement la psychogenèse de l’autisme (il s’agissait, en fait, plutôt d’une sociogenèse), c’est-à-dire la prise en compte étiologique exclusive de l’environnement humain, dérive d’une assimilation fautive de l’autisme aux troubles  du développement liés à des carences affectives et à un milieu  peu sécurisant. Ces troubles, qui peuvent être associés à un trouble de la maturation du cerveau, sous l’effet de manques nutritifs et de défauts de stimulations, ont une allure clinique très différente de l’autisme. Ils vont, dans les cas les plus graves, du grand marasme des enfants abandonnés à la naissance dans des collectivités, où on ne se préoccupait pas d’établir avec eux des relations significatives, à la dépression dite " anaclitique " des nourrissons séparés de leur mère, après un premier élevage satisfaisant (Spitz). Dans des situations moins dramatiques, ils peuvent se manifester, plus tard, par des retards d’acquisition du langage, des troubles du comportement, des difficultés scolaires, voire, à l’adolescence, par une toxicomanie et un abandon de tout repère, cause de dépressivité et de marginalité sociale. Quant aux supposés effets toxiques d’une dépression maternelle, voire de tendances inconscientes, comme un vœu mortifère ou " l’inclusion de l’enfant par sa mère dans sa jouissance " (Maud Mannoni), outre que  leur définition reste imprécise, on ne voit pas quel mode d’ enquête permettrait de les mettre en évidence et encore moins comment on pourrait distinguer ce qui est initial de ce qui est, chez les parents, réactionnel à la confrontation quotidienne, dramatique, avec un enfant qui ne vous regarde pas, qui semble indifférent ou opposant lorsque vous lui manifestez votre tendresse, qui hurle jour et nuit, sans qu’on comprenne pourquoi, qui s’enferme dans ses stéréotypies et parfois s’automutile.

 

Les recherches neuroscientifiques dans le domaine de l’autisme.

Récemment, les progrès des neurosciences et des sciences cognitives ont permis d’approcher de manière plus fine les éventuels dysfonctionnements susceptibles de produire des symptômes autistiques. On a ainsi évoqué, tour à tour, un défaut de filtrage des informations par le tronc cérébral entraînant une sur-stimulation des aires cérébrales supérieures, le déficit d’un éventuel module cérébral engagé dans la perception et la compréhension des états mentaux d’autrui (la " cognition sociale "), le manque d’un " instinct de cohérence centrale " qui ne permettrait pas à l’enfant de saisir d’emblée le monde qui l’entoure dans sa globalité et l’obligerait continuellement à construire ce monde à partir  des fragments perçus, enfin, plus récemment, un " sur-fonctionnement perceptif ", une capacité accrue à percevoir les petits détails, source d’un " biais " dans la perception globale qui submerge les capacités d’orientation de l’enfant (Mottron). Après avoir évoqué l’excès de certains neuromédiateurs, comme la sérotonine, et des anomalies structurales du vermis  cérébelleux, on a mis en évidence, dans un nombre de cas encore limité, une anomalie de réponse à des stimulations spécifiques de certaines zones du cerveau, le sillon temporal supérieur et le cortex préfrontal, engagées dans la reconnaissance d’autrui et dans la planification de l’action (les fonctions executives) .

Ces découvertes sont encore partielles, souvent en attente de confirmation et restent difficiles à interpréter, notamment à cause de l’hétérogénéité probable des populations auxquelles on attribue le diagnostic d’autisme. Les perturbations alléguées peuvent aussi bien être considérées comme le témoin biologique d’un trouble de la pensée ou du comportement que comme le mécanisme de production de ce trouble. L’autisme représente en outre un exemple éclairant de la nécessité de conserver un point de vue contextualisé, par-delà des approches expérimentales qui nécessairement réduisent et isolent le mécanisme qu’elles étudient. Regroupement de symptômes cliniques,   associés de manière statistique, il n’est défini par rien d’autres que par le consensus international, et ne correspond à aucune lésion ni à aucun trouble métabolique constant, connu. Les progrès scientifiques nous permettront sans doute, dans les années qui viennent, d’individualiser, dans un " spectre autistique " aux frontières encore floues,  un certain nombre de sous-catégories cliniques, auxquelles il sera peut-être possible de trouver un correspondant somatique précis. Tel symptôme ou tel ensemble de symptômes pourra ou pourront être rattachés à tel dysfonctionnement cognitif ou cognitivo-affectif, eux-mêmes déterminés par telle anomalie du fonctionnement mental, innée ou acquise, localisée ou distribuée. Essayons d’imaginer quelques uns de ces dysfonctionnements, à partir de ce que nous enseigne à la fois l’expérience clinique au long cours et la lecture des travaux sur le développement du nourrisson.

Ce pourra être, par exemple, un défaut de réaction précoce à un état de détresse, marqué par un retard de déclenchement des pleurs ou par un trouble tonique. Ce pourra être aussi un manque de réaction à la forme globale et aux mouvements du visage maternel,   une fixation adhésive sur l’éclat de son regard ou au contraire un évitement du regard. Ces symptômes pourront traduire l’inactivation ou, au contraire l’activation excessive de telle zone cérébrale. Ils pourront aussi correspondre à un défaut  de recrutement d’un réseau neuronal qui permet, probablement dès la naissance, de distinguer les formes animées des formes inanimées, les choses des êtres humains. On pourra faire l’hypothèse que le bébé, privé de ce réseau, se trouve  dans un environnement sans signification commune, qu’il n’est  pas doté d’empathie, c’est-à-dire incapable de se mettre en position d’attendre une aide ou un soulagement d’autrui et de s’adapter au soutien qu’il obtient de son environnement.

 

La transformation du symptôme en symbole pour un autre.

Mais à un autre niveau d’étude et de compréhension, ce symptôme organique s’inscrira dans une relation. Interprété nécessairement par le personnage maternant, qui le reçoit comme une adresse, un message ou un non-message, il prendra une valeur symbolique, dans un processus de communication (ou de refus de communication) et de sens donné par un autre  à cette communication ou à cette absence de communication. La réponse du personnage maternant aux troubles moteurs et toniques du bébé, à son défaut de pleurs, à ses anomalies du regard, à son défaut d’anticipation lorsqu’on s’avance pour le prendre, inscrira ces troubles dans une histoire qui cherche à traiter l’anomalie qu’ils induisent et à rétablir la cohérence d’un scénario organisé par une " mise en intrigue ", selon l’expression de Paul Ricoeur empruntée à Aristote.  Dans l’esprit de la mère, dans sa rêverie, selon l’expression de Wilfred Bion, et dans sa manière de communiquer à l’enfant sa pensée, c’est à dire le récit (conscient ou préconscient) qu’elle élabore en réponse aux comportements de l’enfant, ce qui n’était que réaction ou défaut de réaction motrice du bébé s’organise en une histoire  sensée, qui a un  début, un milieu et une fin, où les événements se placent dans une succession et semblent dériver  les uns des autres, selon les règles de la narrativité, pour raconter quelque chose à un tiers. La répétition des soins maternels forme un bruit de fond sur lequel les occurrences imprévues, les ruptures de continuité se distinguent pour être aussitôt reprises dans l’activité narrative de la mère, ramenées à une " cause " et ainsi psychisées. Mais ici,   les défaillances de l’activité tonico-motrice de l’enfant, son incapacité biologique (peut-être génétique) à réagir de manière prévisible à la faim ou à l’inconfort et à se prêter empathiquement aux secours que sa mère (ou tout autre personnage maternant) lui apporte, pourront être considérés comme une non-réponse désorganisant l’activité narrative de l’ " objet secourable ". Celle-ci s’épuisera, en même temps que l’enfant, incapable   de s’identifier à l’autre et de s’approprier son activité narrative, ne parviendra pas à développer une " agentivité " suffisante, un sentiment  d’être l’opérateur d’un effort efficace pour modifier son environnement, et donc de donner sens à son monde et à son action sur ce monde. Ce défaut d’agentivité, résultant d’une " dysharmonie interactive ", selon l’expression  proposée par mon ami et collaborateur André Carel, pourra peut-être s’incarner dans le développement cérébral et être mis en évidence par les moyens modernes d’investigation.

 

Le processus autistisant et sa cure.

Plus l’enfant grandira et plus le monde environnant lui paraîtra donc étrange, incompréhensible, insensé, imprévisible et dangereux. Contre ce monde, source d’angoisses, l’enfant se protègera en essayant d’y trouver, malgré tout, une certaine sécurité et quelque plaisir. On pourra ainsi comprendre (et là encore peut-être visualiser dans leurs mécanismes fondateurs) les symptômes apparus secondairement : les stéréotypies, les rituels, la fixation sur un petit objet et sur les mouvements que l’enfant lui imprime, l’enveloppement dans la bave, dans les balancements, dans les psalmodies, comme autant de recherches auto- sensuelles d’une certaine stabilité. Quand l’enfant acquerra un langage, des intérêts très restreints à un domaine de connaissance particulier (les dinosaures, l’astronomie) participeront à ce que j’ai proposé de décrire comme un " processus autistisant ", qui  isole l’enfant et impose un caractère immuable à son environnement humain et non humain.

 C’est à ce niveau que la psychanalyse pourra intervenir. D’une part, en décrivant cliniquement des modalités défensives, telles l’identification adhésive et l’identification projective, les différentes formes de clivage du soi et de l’objet, mises en jeu par l’enfant dans ses relations avc les autres. D’autre part,   en apportant, avec ses théories, comme un " méta narratif " (Roy Schafer), un  ensemble de matrices, qui permettront de construire des embryons hypothétiques d’histoires vécues. Elle contribuera ainsi à mettre en lien et en perspective les différentes étapes d’un  processus psychothérapique, en le reliant avec ce que l’enfant aura par ailleurs vécu dans l’institution soignante et éducative, et avec ce que sa famille aura pu raconter de sa vie antérieure et rapporter de sa vie actuelle, en dehors de l’espace de soins. Ainsi, l’enfant, aidé par des thérapeutes, découvrira un fil conducteur qui lui permettra de différencier entre eux et d’articuler les morceaux de son existence et d’ordonner le chaos dans lequel il se meut, en diminuant la souffrance que lui impose la rencontre avec l’imprévu.

 Associé à un travail éducatif et pédagogique, rendu plus précis par les connaissances apportées par les sciences cognitives sur les particularités de ses processus d’apprentissage, et complété par à un soutien de la famille,   et une aide à l’autonomisation de l’enfant et à son intégration sociale, ce travail psychothérapique, individuel, groupal et institutionnel,   nécessitera des équipes articulées entre elles et dont les membres devront sans cesse élaborer ensemble les émotions, parfois difficiles, que leur font vivre les enfants. Une supervision avec des psychanalystes pourra alors se révéler utile afin d’ empêcher une dérive vers la violence et le rejet ou, au contraire, vers la fascination immobile, dans un univers figé  où il ne se passe plus rien. Jouant un rôle analogue au tiers attracteur de la rêverie maternelle, (cet interlocuteur interne  pour lequel la mère met en récit et à qui elle adresse fantasmatiquement ce qu’elle échange avec son enfant) le superviseur (ou l’équipe en fonction de superviseur) facilitera, dans l’esprit des membres de l’équipe soignante et éducative, la construction de  narrations qui, communiquées ensuite à l’enfant, l’aideront à développer ses propres processus auto-narratifs, à mettre sa vie en histoire. Il est possible qu’un jour, ce développement puisse se traduire par la mise en évidence de modifications du cablage ou du fonctionnement neuronal, encore difficiles aujourd’hui à concevoir.

 

L’auto-érotisme mental.

Reste un dernier point de réflexion, capital pour un psychanalyste, mais, je le crains, encore imprécis pour un neuroscientifique : la place, dans tous ces processus, des affects de plaisir. L’activité de rêverie de la mère, comme le travail des soignants, pour être efficaces, semblent devoir être soutenus par un investissement positif. Il s’agit d’un plaisir d’un type particulier que j’ai propoosé d’appeler " autoérotisme mental ", car il semble s’agir de ce que la psychanalyse désigne comme un plaisir d’organe, un plaisir pris avec le fonctionnement de l’appareil psychique lui-même, assimilé métaphoriquement à un organe en fonction.  Ce n’est pas un plaisir clonique de décharge, le plaisir de la satisfaction d’une pulsion, un plaisir orgastique. C’est plutôt, dans les moments favorables, un plaisir tonique continu, reservé, un plaisir de fonctionnement, comme disaient les Kestenberg, celui de l’enfant qui gambade tranquillement sans autre but que d’éprouver du plaisir à se sentir entier, libre et en bon état de marche. Ce plaisir est voisin de la jubilation décrite par Jacques Lacan à propos du stade du miroir, ou du plaisir du jeu décrit par Winnicott. Il s’apparente aussi au plaisir esthétique, que Freud classait dans les plaisirs préliminaires. Éprouvé, comme le plaisir esthétique, à la rencontre avec une " bonne " forme, il peut saisir le soignant lorsqu’il retrouve dans le comportement ou dans le discours  de l’enfant matière à des constructions  inspirées par sa théorie de référence et qui " marchent ", c’est à dire que l’enfant semble comprendre et confirmer, en se les appropriant pour élargir son fonctionnement mental. Il importe alors que ce plaisir  reste discret et ne dépasse pas un  certain seuil d’excitation, faute de quoi le soignant risque de basculer dans la recherche du plaisir orgastique, perturbation qui le guette constamment comme elle guette le soin maternel.

L’enfant autiste semble cruellement privé de ce plaisir autoérotique de penser. Pour lui, la pensée et, plus généralement l’activité de symbolisation, sont seulement des travaux pénibles, sources d’angoisse devant l’imprévu des surgissements associatifs, renvoyant à l’absence douloureuse de la chose symbolisée. Incapable de faire le deuil d’une adhésivité à l’objet de son désir, incapable de prendre de la distance pour réfléchir, pour jouer avec des représentations dans une brume d’associations, où, comme les nuages dans le ciel, elles se font, se défont, se séparent et se confondent et incapable, dans une rêverie, de se laisser plaisamment submerger par l’expérience de la gratuité (R.Diatkine), l’enfant autiste, utilitaire strict, impose à ses pensées, qui ont la concrétude rigide des choses, une ritualisation, une obsessionnalité mécanique fatigante.

L’expérience du soin, individuel ou groupal, est alors, pour lui, un véritable apprentissage du jeu, par identification au plaisir que prend le soignant à s’occuper de lui, en jouant avec lui. Sans cette dimension de plaisir partagé, sans ce qu’on  pourrait paradoxalement appeler un autoérotisme à deux ou à plusieurs, les meilleurs programmes, les meilleures méthodes risquent de s’enliser dans une routine qui peut être calmante mais n’aide pas l’enfant à progresser dans la relation aux autres et dans la conquête de l’autonomie. Comment ce partage ludique autoérotique peut-il se formaliser pour devenir, à son tour, un objet d’études scientifiques ? C’est probablement un grand défi pour la poursuite d’un  dialogue entre psychanalyse et neurosciences.      

 

CONCLUSION.

L’autisme est une situation extrême où la pensée, en tant que discours tenu à soi-même et à autrui tend à s’abolir. Démarche herméneutique plutôt que nomothétique, donneuse de sens plutôt que de lois, la psychanalyse aide à remettre en marche un récit arrêté et à trouver du plaisir à jouer avec ses pensées. Elle n’explique ni la cause du symptôme, ni même la totalité de ses mécanismes, mais permet à tous ceux qui s’occupent de l’enfant autiste, ses soignants, ses éducateurs, ses parents, d’espérer retrouver entre eux et avec lui le chemin d’une communication, en allégeant les angoisses violentes qui empêchent cette communication. C’est aux neurosciences qu’il reviendra de répondre un jour à la difficile question de ses causes et de ses mécanismes primaires. Nécessairement réductrices, pour des raisons de méthode, obligées de s’adresser à des échantillons de populations aussi homogènes que possible, elles ont néanmoins avantage à tenir compte de l’expérience de ceux qui rencontrent quotidiennement des personnes autistes, dans leur contexte existentiel et leurs différences individuelles, afin d’éviter des généralisations trop rapides. Tout mode de connaissance à tendance à se montree exclusif. Cette constatation générale est encore plus vraie dans le cas de l’autisme qui, d’une certaine manière, est contagieux en entraînant les interlocuteurs de l’enfant vers un repli sur  des positions exclusives. Son énigme angoissante a suscité dans le passé et continue à susciter de nombreux fanatismes. Les chercheurs comme les psychanalystes ne sont pas plus à l’abri aujourd’hui qu’hier de ces contaminations émotionnelles par l’objet même de leur recherche. Ils ont les uns comme les autres tout intérêt à  percevoir mutuellement dans le savoir de l’autre une limite à leur propre savoir. Cette relativisation et cette articulation des savoirs est peut-être le meilleur remède pour éviter à des idées de sombrer dans une idéologie.

 

          

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