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NICOLAIDIS Nicos-"SUR L’ŒUVRE DU PSYCHANALYSTE D.KOURETAS"

SUR L’ŒUVRE DU PSYCHANALYSTE D.KOURETAS

 

Nicos NICOLAIDIS

Genève

 

 La présence et l’œuvre de D.KOURETAS,professeur de Psychiatrie à l’Université de Théssalonique et ensuite d’Athènes a marqué l’histoire de la psychiatrie Grecque.

Ses prédecesseurs oscillaient entre la dite Psychiatrie allemande Kraepelinienne et parfois phénoménologique et la psychiatrie française : de De Clerambault à l’organodynamisme de Hanri Ey.La psychanalyse à cette époque était absente  et souvent suspecte ou tenue pour farfelue.

D.Kouretas a été analysé par Marie Bonaparte ;il a écrit plusieurs articles psychanalytiques inspirés de la mythologie grecque qu’il connaissait à fond.Ces articles,écrits soit en français,soit en grec faisaient écho davantage dans les cercles philologiques ou dans le milieu du Théâtre que dans l’enseignement de la psychiatrie à l’Université.

D.Kouretas s’installe à qui à l’époque était séparée de la neurologie occupée par Spyros SCARPALEZOS,qui avait une position de collaboration plutôt bienveillante ,parfois

ambivalente envers le collègue Athènes et devient professeur à la Chaire de psychiatrie, psychiatre-psychanalyste dont le bureau était à côté du sien.Les deux Services se trouvaient à l’Hôpital EGINITION.

D.Kouretas a ,au début,comme collaborateur chef de clinique P.Sakellaropoulos,analysé par S.Lébovici à Paris et ayant travaillé longtemps avec H.Ey.

J’ai eu la chance de travailler ,pendant une courte période dans le service de psychiatrie du Dr.Kouretas.

 

La clinique dans son service était fortement influencée par la psychanalyse :séances de psychodrame par ex. ,recherche sur les particularités de la psychopathologie des étudiants

Le temps qui m’est imparti ne me permet pas de faire une analyse exhaustive de l’œuvre psychanalytique de D.Kouretas,en particulier les liens pertinents qu’il a fait,à l’instar de Freud entre mythologie grecque et Psychanalyse.

Les sources principales de son immense connaissance sur ce sujet,provient d’une lecture de base,de la littérature grecque :à savoir :Hésiode,Apollodore,Pausanias,Pindare et autres ;une connaissance profonde de Platon,Aristote,des tragiques et de la philosophie.

     Membre de la Société Psychanalytique de Paris et analysé par Marie Bonaparte,D.K.suivait de près le mouvement psychanalytique français,mais connaissant bien l’anglais et l’allemand, il connaissait aussi l’œuvre des auteurs de ces pays.Les textes de ses articles sur la mythologie grecque nous donnent un aperçu de l’étendue de son œuvre.

"  Le double change ment de sexe de Tiresias et le symbolisme du chiffre neuf ". " Le peché du père tourmente Œdipe " , " La nature du rêve selon Platon et Freud " " La notion profonde des Bacchantes d’Euripide au point de vue analytique ", " Points de vue psychanalytiques et peychopathologiques sur la Tragédie grecque " ; " Le psycho-complexe de Kandaule "(sur la position de l’homosexualité en Grèce Antique) ; " Interprétation Psychanalytique du mythe des Danaïdes " ; " La méthode psycho-cathartique de la stérilité de Iphiclos par le médecin-devin Melampos " ; " Symbolisme psychanalytique des Danaïdes " ; " Le Mythe d’Œdipe " (Sophocle et Freud ) ; " Evidences nouvelles des méthodes psychothérapiques appliquées dans les Temples saceés de la Grèce Antique "(Asclépios,Hippocrate,la musique,les oracles,les rêves,la cure de sommeil).

 

" La catharsis psychique selon Hippocrate,Aristote et Bleuer et Freud " : " Comment se produit l’influence psycho-cathartique de la Tragédie ".

     L’étendue et la profondeur de réflexion de cette œuvre m’oblige de faire un choix pour vous en parler.

     Dans " Le péché du père qui tourmente Œdipe ",à la fin de son article publié en 1974 dans PARNASSOS (Société Grecque d’Histoire de la Médecine),D.K. soulève une hypothèse fort intéressante concernant la solution de l’énigme posée par la Sphinx.Nous en discuterons plus tard.

La bibliographie à ce sujet est immense.Marie Delcourt y consacre plusieurs chapitres (" La victoire sur la Sphinx ", "L’énigme " (pp.104-152)) dans son livre :Œdipe ou la légende du conquérant.Les Belles Lettres.Paris 1981.

En analysant exhaustivement la décoration sur les vases (Lecythes,amphores etc) figurant les rencontres entre Œdipe et la Sphinx et leurs combats,Marie Delcourt pense que " L’enigme

Se serait substitué à la lutte,celle-ci étant déjà le substitut d’une possession sexuelle "(p.128)Remarque intéressante surtout faite par une mythologue du genre souvent réservé à la psychanalyse.M.D. remarque aussi que chez les poètes et tragiques du Vème siècle,il n’y a pas de bataille proprement dite et qu’ils louent le héros pour son intelligence plutôt que pour son courage,(p.130) et elle ajoute : " Œdipe ici l’emporte,non parce qu’il devine quelque chose,mais parce qu’il sait quelque chose " .

A travers la chronologie évolutive des vases,M.Delcourt interprète le combat lui-même,marqué de plus par le souvenir des épreuves initiatiques,entre autres celles par lesquelles devait passer tout adolescent.(p.140)

     D.Kouretas,dans ses articles sur Œdipe,reprend l’histoire des Lavdacides,la faute-péché de Laïos et les évènements qui ont lieu après l’aveuglement d’Œdipe.

 

Il souligne,à l’instar de Freud que les mythes ressemblent à un drame humain condensé ; il remarque l’amnésie infantile et la période de latence,ainsi que le degré du refoulement qui caractérise et sépare l’enfance de l’âge adulte :l’adolescence.

     On ne sait pas de façon sûre,quel âge avait Œdipe quand il a commis le parricide,l’inceste et la résolution de l’enigme.Les vases ne précisent pas l’âge des personnes qui luttent avec la Sphinx,bien que Marie Delcourt parle d’ephèbes.Cependant lorsqu’il a épousé Jocaste ,l’écart de leur âge,nous permet de faire l’hypothèse de l’union entre une adulte et un ephèbe.

Pourtant sur un sarcophage (Kindersarkophage,C.Carl Robert,Oedipous,Geschichte eines Poetischen Stoffs im Griechisches Altertum S 509) qui se trouve dans la collection Soutsos où l’on peut remarquer clairement le geste d’Œdipe qui se touche le front et le pied gauche de la Sphinx soulevé et menaçant.D.Kouretas publie l’image de ce sarcophage dans son article.(M.Delcourt ne montre pas dans ses articles cette scène.)

 

 

 

En essayant d’interpréter cette scène,Kouretas écrit : " Selon le scholiaste des Phéniciennes d’Euripide,la Sphinx se suicide car elle a mal entendu (interprété) le geste d’Œdipe qui,avant de répondre à l’énigme,a mis l’index de sa main droite sur son front,comme s’il avait voulu concentrer sa pensée ;elle a cru qu’il s’agissait d’une réponse silencieuse à son enigme signifiant le sujet de l’enigme,C’est-à-dire que ce geste disait, " c’est moi :l’homme " " Ainsi, prenant le geste comme parole qui résout l’énigme, la Sphinx s’avoue vaincue et se suicide.

M.Delcourt ne mentionne pas ce sarcophage,elle écrit :(p.144) " Une tradition voulait qu’Œdipe eût deviné l’enigme sans le faire exprès.Il aurait touché son front et la Sphinx aurait compris qu’il se désignait lui-même pour répondre à la question.Convaincue de sa défaite,elle n’en aurait demandé davatage et se serait détruite sur le champ. "Ce serait lui attribuer bien peu d’intelligence et pas davatage à Œdipe,écrit la mythologue qui trouve dans cette version du mythe quelques bribes archaïques dont l’intérêt est mince.

L’intérêt de cette scène qui a suscité l’intérêt du scholiaste des Pheniciennes montre que pour le psychanalyste D.K. l’ " anecdote " n’est pas d’un si mince intérêt.Car le sarcophage qu’il décrit représente la rencontre d’un éphèbe avec une femme-mère d’âge mûr qui nous fait penser à l’union Jocaste-Œdipe et les " bribes archaïques " de la scène signifient une communication corps-à-corps où le langage se passe par les gestes,moins intelligents,dirait M.Delcourt,mais éminemment plus près du corps,je dirais avec D.Kouretas,in finiment plus pulsionnels.

 

Nicos Nicolaïdis

Genève

Septembre 2006

 

          

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