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Kountza Maria,Kapsambelis Vassilis-"ANTIGONE OU LA DECISION DE MOURIR"

ANTIGONE OU LA DECISION DE MOURIR

 Maria Kountza, Vassilis Kapsambelis

 

Antigone est un des personnages – symboles de la tragédie grecque antique. Sa décision d’enterrer son frère Polynice équivaut à une véritable décision de mourir et son attitude a fait l’objet d’une multitude d’études, sous plusieurs points de vue : littéraire, sociologique ou philosophique, et même politique.

Les études et interprétations psychanalytiques d’Antigone divergent les unes par rapport aux autres, signalant ainsi les multiples strates qui co-existent et composent le caractère tragique de sa position. Les principales de ces études soulignent : le désir inconscient de l’union préœdipienne avec la mère ; l’intensité de la relation avec le frère, et l’apparition conséquente de deux courants, l’un tendant à l’union avec lui, l’autre acceptant la punition inévitable de cette motion incestueuse ; la manifestation impérieuse d’un surmoi puissant, qui soutient une exigences d’autonomie, même au risque de la vie, aussi bien par apport au père que par rapport à Créon.

La lecture que nous proposons, et qui s’efforce de rester au plus près du texte de Sophocle, a comme point de départ un présupposé plus général : les personnages de la tragédie grecque antique, dans leur ensemble, illustrent des états et des expériences qui mettent le sujet dans un exigence de dépassement de soi-même ; il s’agit de personnages qui poursuivent quelque chose d’inaccessible. Toutefois, les conflits psychiques dans lesquels sont plongés les héros ; et qui nécessitent ce dépassement de soi, reflètent des situations psychiques universelles – à défaut de quoi, on comprendrait mal pourquoi les personnages du drame feraient l’objet d’une identification cathartique de la part des spectateurs. Leur caractère exceptionnel – et l’exigence de dépassement qu’ils impliquent – ne tient pas au caractère inhabituel du conflit, mais au fait que sa solution est difficilement réalisable dans les circonstances particulières dans lesquelles il se présente, à moins que le sujet de dépasse ses limites humaines, et qu’il en paye le prix. L’identification et son effet cathartique sont liées au sentiment de reconnaissance que laisse au spectateur l’issue du drame : la tragédie reconnaît à l’être humain que, en effet, les conflits et dilemmes de notre psychique ne sont pas chose facile, et peuvent nous coûter la vie.

De ce point de vue, en quoi consiste l’héroïsme d’Antigone, quelle est la décision et l’acte qu’elle revendique, contre Créon, contre la modération commune, contre la peur même de la mort ? Quel est cet objectif inaccessible pour la plupart, mais vital pour elle ? Et quelles sont les forces psychiques qui la poussent de façon si résolue vers lui ?

La lecture proposée ici est qu’Antigone revendique le deuil en tant qu’élément essentiel pou sa survie psychique ; dans le texte, ce deuil est symbolisé par les rites funéraires qu’elle se propose d’accomplir malgré l’interdiction royale,même sous peine de mort. Après la mort de ses parents, sur laquelle elle revient à plusieurs reprises, et après la perte de ses frères, y a-t-il moyen de réparer l’ " irréparable " de la mort ? On sait que seul le deuil permet ce dépassement de la mort ; sans les rites adéquats, si le frère reste sans cérémonie funéraire, les fantômes des morts vont la poursuivre, et Antigone sera condamnée à mener une vie de " morte-vivante ", c’est-à-dire une " mélancolie " à vie : un état psychique dans lequel l’objet perdu hante sans relâche la vie psychique des survivants. Antigone proclame que le seul moyen pour éviter cette mélancolie est qu’elle reçoive l’autorisation d’entrer en travail de deuil.

Le dilemme d’Antigone est donc le conflit que tout psychisme rencontre à un moment de son existence entre deuil et mélancolie. Et sa dimension tragique réside dans le fait que, dans son cas, le deuil – condition de vie – équivaut à sa condamnation à mort, alors que la mélancolie – conséquence inévitable d’un choix qui lui permettrait d’avoir al vie sauve – équivaut à une mort psychique. Antigone préfère " mourir vivante ", comme elle le dit elle-même, plutôt que de " vivre morte " : sa décision de mourir est pour elle décision de vie.

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